Le temps partagé peut-il vous être utile ?

Synthèse de la table ronde du 22 mars 2019 par Aparté (association d’entrepreneurs à temps partagé)

Nos invités : Anne-Sophie Caistiker chef d’entreprise et Lucie Guillemin assistante de direction à temps partagé ; Carole Talibart Head of talent acquisition chez Cegid et Olivia Couppé de Kermadec gestion de projets RH et référent handicap à temps partagé ; Christèle Morand avocate en droit du travail au sein du cabinet Eole AVOCATS. La table ronde était animée par Nathalie Sahuc, consultante et dircom en temps partagé.

Olivia Couppé de Kermadec : avant d’envisager le temps partagé il faut d’abord parler d’entrepreneuriat : il faut proposer une offre, faire des démarches commerciales, trouver ses clients, se connaître soi-même pour être sûr de pouvoir travailler de façon autonome, etc… Tout cela prend du temps. Après avoir rencontré des personnes travaillant à temps partagé et convaincue qu’on est plus fort à plusieurs, l’idée me vient de créer un réseau avec ces entrepreneurs qui partageaient mon enthousiasme sur le temps partagé. C’est comme ça qu’est née l’association Aparté, en septembre 2017. Aujourd’hui nous sommes une vingtaine de membres représentants les fonctions support telles que RH, commercial, communication, marketing, achats, finances, informatique, assistanat de direction, direction technique. L’objectif de l’association est de créer un réseau d’entrepreneurs, de faire connaître le temps partagé et nous faire connaitre, et pour ce faire nous avons créé un site avec un annuaire : reseauaparte.com.

Notre définition du temps partagé c’est d’exercer notre métier de façon opérationnelle pour plusieurs clients, sur une durée relativement pérenne (plusieurs mois ou années). Nous sommes tous convaincus de la pertinence et de l’intérêt de travailler de cette façon que ce soit pour le client ou pour nous. C’est une prestation sur mesure où le client n’achète que ce dont il a besoin. Quand peut-on avoir recours au temps partagé ? Quand il y a une activité à gérer mais que la charge de travail ne nécessite pas un temps complet, quand le budget dédié à cette activité ne permet pas non plus d’avoir une personne à temps complet ; dans un contexte de transformation, de développement, d’un besoin d’un relais local, en cas de difficulté de recrutement.

Anne-Sophie Caistiker : J’ai créé la start-up Doctibike en 2014 en sortant de l’ESDES. Mon père travaillait dans l’importation de pièces mécaniques de vélo, je suis donc tombée dans le monde du vélo et de l’entrepreneuriat très jeune. A la sortie de mes études un produit commençait à envahir les rues : le vélo à assistance électrique. Le produit le plus cher et le plus compliqué à maintenir sur un vélo électrique c’est la batterie. Donc un gros sujet sur la batterie, de maintenance, de réparation, de remplacement. Aujourd’hui on est une quinzaine de personnes : une équipe commerciale et une équipe technique avec 10 salariés et 5 pers en alternance et en stage. Pourquoi avoir eu recours au temps partagé ? Au départ j’avais une assistante commerciale et administrative mais ça n’a pas fonctionné. Le métier d’assistante commerciale est un métier à plein temps et ce n’était pas la bonne équation. On pouvait alors ouvrir un nouveau poste d’assistante administrative mais comme on est une petite société, un salarié supplémentaire est un coût important. Le temps partagé pouvait répondre au besoin. Je connaissais le temps partagé grâce à mon père qui avait une RH à temps partagé. Via le réseau j’ai rencontré Lucie qui travaille pour nous depuis un an. Au début il s’agissait surtout de tout réorganiser, classer, mettre en place un plan d’action. On a abouti à une lettre de mission 3 mois après avoir commencé. Les missions se sont définies au fur et à mesure. Les bénéfices attendus étaient d’être à jour et carrés dans la gestion administrative. On a rattrapé le retard, on a mis en place des procédures. On a maintenant une gestion administrative saine. On a eu aussi des bénéfices inattendus avec des initiatives et idées complémentaires de la part de Lucie. Par exemple l’optimisation des commandes de fournitures de bureau alors qu’avant chaque salarié faisait sa propre commande. Il a fallu trouver notre rythme de croisière, faire des points réguliers pour trouver le meilleur mode de communication. Ça s’est organisé au fur et à mesure de la mission. Je ne me suis pas interrogée sur la disponibilité de Lucie car elle m’a très vite rassurée sur ce point. Elle fait partie de l’équipe de Direction et me conseille au même titre que mon expert-comptable ou mon avocate. L’avantage est qu’on s’adresse aussi à un chef d’entreprise qui a les mêmes préoccupations que nous, donc on se comprend.

Lucie Guillemin : je consacre 4h/semaine à Doctibike de façon étalée. En réalité je suis relativement toujours disponible tous les jours. Certaines semaines je ferai plus d’heures, d’autres moins. L’essentiel est que le travail soit fait. Pour être claire dans mon organisation, je divise ma journée. Chaque fin de semaine j’organise ma semaine d’après un planning précis en fonction de mes clients, planning qui est remanié chaque soir. Aujourd’hui je suis à moitié formatrice pour 3 sociétés et moitié assistante de gestion avec 4 clients. Le problème de la disponibilité n’inquiète pas mes clients car je trouve toujours le moyen de leur répondre dans les meilleurs délais. Je suis toujours en mouvement et je me sens plus efficace qu’à l’époque où j’étais salariée. Je m’organise en travaillant soit de chez moi soit chez mon client.

Christèle Morand : Pour être très synthétique il y a 2 façons de travailler à temps partagé : soit sous statut salarié, soit comme entrepreneur. On peut ainsi être soit salarié directement dans l’entreprise à temps partiel -ce qui est le modèle qu’on connait tous, soit salarié d’une entreprise de travail à temps partagé (ETTP qui existent depuis 2005 ou groupements d’employeurs). Si l’on choisit le statut entrepreneur, il est possible d’être en portage salarial ou en SASU, EURL, micro-entreprise. La personne preste dans ce cas dans le cadre d’une relation commerciale. Elle prend elle-même le risque de trouver ses missions mais est autonome. On parle bien de prestation de service et non d’emploi. La personne est chef d’entreprise de sa propre structure, et se place au même niveau que le comité de Direction du client. Elle est intégrée dans un projet d’entreprise mais pas à la communauté de salariés, ce qui est un point important. En tant que professionnel, elle vend ses compétences, l’entreprise ne prend aucun risque. Le risque de requalification de la relation de travail ou de délit d’ordre pénal est écarté si la personne qui preste garde bien son autonomie et est vigilante à ne pas être intégrée à la communauté de travail, c’est-à-dire par exemple à ne pas figurer sur les listings téléphoniques ni avoir une adresse mail de l’entreprise (les juges raisonnent par faisceau d’indices). Il y a aujourd’hui à ma connaissance peu de litiges prud’homaux sur le sujet du temps partagé.

Carole Talibart : J’ai intégré le groupe Cegid en février 2018. Le groupe lyonnais spécialisé en ERP et logiciels de gestion connaissait alors une croissance très rapide. Le contexte était alors de faire face à un objectif de recrutement très élevé avec une équipe restreinte. Je devais trouver des solutions rapides et j’ai recherché des profils de consultants pour m’aider. Je connaissais Olivia Couppé de Kermadec de par mon réseau. Son profil correspondait à mes attentes à savoir une expertise dans le recrutement d’une part et la compréhension des postes et de l’environnement technique, R&D, d’autre part. Au début de ma réflexion, je voulais a priori un temps plein mais je n’étais pas fermée sur le sujet. Olivia m’a expliqué ce qu’était le temps partagé en précisant qu’elle pouvait intervenir à 50% de son temps et en proposait une autre RH à temps partagé pour avoir une compétence à temps complet. L’expérience a été très bénéfique. Olivia et l’autre personne étant toutes deux expérimentées je ne me suis pas retrouvée seule face à mon équipe jeune qu’il fallait accompagner. Toutes deux m’ont accompagnée dans la mise en place de process ; ont formé l’équipe aux fondamentaux du recrutement, et ont proposé des actions pour les mois à venir. Ce fut donc une expérience enrichissante à tous les niveaux.

Olivia Couppé de Kermadec : quand Carole m’a exposé son besoin j’ai tout de suite pensé à une solution en lui proposant une collègue RH à temps partagé. J’ai une expérience assez forte des métiers d’ingénieurs R&D et ma collègue plutôt des commerciaux. Nous étions donc complémentaires. Nous avions des problématiques communes sur cette mission, nous avons donc travaillé ensemble avec des points quasi quotidiens pour avancer dans la même voie. Ma collègue a accompagné l’équipe sur les fondamentaux du recrutement que j’ai complété par une partie sur le recrutement d’une personne en situation de handicap. A la fois nous avons fourni un bilan conjoint de recommandations.

Quelle que soit la taille de l’entreprise le temps partagé peut être une solution pertinente pour le chef d’entreprise ou le DRH qui a besoin de renfort et d’une expertise au juste temps et au juste coût.

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